3 mai 2009

Perdido Street Station, China Miéville |AMHA S1E4|



Perdido Street Station est un roman que je conseille vivement par la richesse de son univers, ses personnages haut en couleurs et attachants et par le style riche et baroque de l'auteur qui sous couvert d'un désordre feint sait parfaitement où il nous emmène.


Perdido Street Station est de ces livres inclassables que l'on savoure doucement, avec délectation comme un plat particulièrement délicieux que l'on aura l'occasion de ne manger qu'une seule fois. Mon rythme de lecture a été à l'image de l'évolution de l'action du livre. 

Le premier volume se déroule lentement, nous présentant la ville de Nouvelle-Crobuzon dans toutes sa splendeur et surtout dans toute son horreur, ainsi que ses personnages aux apparences et aux mœurs aussi diverses que saugrenues. Le second volume, quant à lui, nous lance dans l'action avec des scènes parfois violentes et un dénouement tout en demie mesure. 

On ne peut parler de Perdido Street Station sans évoquer Yagharek, le garuda aux ailes coupés, qui sans être le personnage principal du livre en est le déclencheur et le point final. Torturé par le crime qui lui a valu de se faire couper les ailes par son peuple et par son désir obsessionnel de retrouver ses facultés de vol, il parsème le récit de ses pensées mélancoliques. Il est difficile à cerner et à juger : on a envie de le prendre en pitié pour son malheur et de le détester pour ce qu'il a fait. 


EXTRAITS



Pour entrer dans Chiure, Isaac et Lin durent emprunter des ponts branlants, simples planches jetées sur des fossés de deux mètres qui séparait la favela du parc de la Colline Vaudoise. Ils marchèrent dans les pas l'un de l'autre, tendant parfois les bras pour préserver leur équilibre. A un mètre cinquante au-dessous, la tranchée était emplie d'une soupe gélatineuse, bruyante, mêlant polluants et pluies acides. Des bulles de gaz mortel et des cadavres d'animaux gonflés en crevaient la surface. Çà et là surnageaient des boîtes de conserve rouillées et des nœuds de chair évoquant des tumeurs ou des fœtus avortés. Le liquide ondulait plus qu'il ne faisait de vagues, contenu qu'il était par une épaisse tension de surface, si huileuse et si puissante qu'elle refusait de céder : les pierres qui tombaient du pont y étaient avalées sans déclencher la moindre éclaboussure.


***
    L'artefact qui avait balayé pendant plusieurs années le plancher de David et Lublamai avait fini par rendre l'âme apparemment. Il chuintait et décrivait des cercles, au moment de nettoyer, faisant désormais des fixations sur des secteurs arbitraires du sol, qu'il polissait comme autant de bijoux. Certains matins, il mettait près d'une heure à chauffer. Il s'engluait peu à peu dans des boucles logicielles qui le faisaient répéter à l'infini des comportements infimes.


    ***
    La chaleur printanière s'y trouvait magnifiée comme par l'énergie de la géhenne. Derkhan s'était mise à transpirer. Elle s'avança au milieu des carcasses qui se balançaient et les trainées de sang coagulé. Au fond de la pièce, en hauteur, disparaissant dans les boyaux plus sombres de ce charnier, une courroie charriait de lourds crochets de boucherie en un circuit implacable. Les lueurs reflétées des lames elles-mêmes semblaient filtrées par cette ténèbre rougeoyante. Devant la pestilence rance, épaisse, du sang et de la viande chaude, Derkhan se masqua le nez et la bouche d'un cataplasme pour échapper à la nausée. A l'autre bout de la pièce, trois hommes étaient rassemblés sous l'arche ouverte que l'on distinguait de la rue. Dans ce lieu sombre et puant, l'air et la lumière du Palus-au-Chien qui se déversaient d'en haut faisaient l'effet de Javel. 


    QUATRIEMES DE COUVERTURE




    Tome 1


    Nouvelle-Crobuzon: une métropole tentaculaire et exubérante, au coeur d'un monde insensé. Humains et Hybrides mécaniques y côtoient les créatures les plus exotiques à l'ombre des cheminées et des fonderies. Depuis plus de 1000 ans, le Parlement et son impitoyable milice règnent sur une population de travailleurs et d'artistes, d'espions, de magiciens, de dealers et de prostituées. Mais soudain un étranger, un homme-oiseau, arrive en ville avec une bourse pleine d'or et un rêvé inaccessible : retrouver ses ailes. Isaac Dan der Grimnebulin, savant fou et génial, accepte de l'aider. Mais ses recherches vont le conduire à libérer une abomination sur la ville toute entière...


    Tome 2



    Lors de ses recherches pour l'homme-oiseau, Isaac Dan der Grimnebulin a libéré des monstres volants, les gorgones, sur Nouvelle-Crobuzon. Le gouvernement est vite dépassé par les évènements et en appelle à la Fileuse, une araignée géante vivant sur plusieurs plans de réalité, pour l'aider à endiguer le péril. Les gorgones se mettent à pondre, et menacent bientôt toute la ville, dont les habitants sont la proie de terribles cauchemars. La milice est impuissante. Seul Isaac et ses amis peuvent encore sauver Nouvelle-Crobuzon, au risque d'y laisser moult plumes et une oreille chacun, prix de leur pacte avec la Fileuse...

    INFORMATIONS EDITORIALES



    Editions Fleuve Noir, 2003. Editions Pocket, 2006.
    2000 pour la première parution en anglais.
    Grand Prix de l'Imaginaire
    Prix Arthur C. Clarke
    British Fantasy Award



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