14 sept. 2009

Des fleurs pour Algernon, Daniel Keyes |AMHA S1E24|


Des fleurs pour Algernon est une oeuvre originale, poussée dans ses derniers retranchements par son auteur, récompensée par deux grands prix de la SF et défiant le passage du temps. Une oeuvre qui pourra réconcilier les frileux de la SF avec le genre en l'abordant via la porte du jardin plutôt que la porte d'entrée des voyages galactiques et autres space opéras. Une oeuvre troublante, émouvante, qui ne pourra que tirer des larmes au plus insensible de ses lecteurs. Inoubliable.

Charlie et Algernon


Charlie nous conte son histoire au travers de compte-rendus. Charlie est un attardé mental. Il est relativement autonome, fait de menus travaux dans une boulangerie, suit des cours pour apprendre à écrire avec la charmante Alice Kinnian. Deux scientifiques, Pr Nemur et Dr Strauss vont s'intéresser à lui afin de lui faire subir une "opération du cerveau" qui le rendra intelligent. Leur découverte a déjà été testée sur Algernon, la souris aux facultés mentales hors du commun.

On va alors suivre le parcours de Charlie, la montée en puissance de son intelligence, qui va dépasser celle de tous les hommes. Mais Algernon se met à avoir un comportement bizarre, la souris se perd dans les labyrinthes dont elle sortait aisément auparavant . Elle devient agressive. Commence alors la descente aux enfers pour Charlie. La quête effrénée de la solution qui l'empêchera de perdre lui aussi son intelligence. Peine perdue. Il assistera impuissant au retour à son état initial.


Pourquoi Des Fleurs pour Algernon est un chef d'oeuvre

Des Fleurs pour Algernon est un livre qui ne paie pas de mine mais qui est un chef-d'œuvre à divers égards :

  1. Le livre est entièrement composé des comptes-rendus de Charlie, dont l'écriture va suivre son évolution. D'abord bourrés de fautes d'orthographe et utilisant un vocabulaire pauvre, ils vont devenir plus précis, plus riches, plus torturés aussi. Le déclin de Charlie provoquera le déclin de son écriture également. Voir les extraits ci-dessous pour se rendre compte de cette évolution.
  2. Plus qu'un roman de science-fiction, Des fleurs pour Algernon est un roman psychologique. L'auteur explore à fond son sujet, décortiquant la psychologie de son personnage au plus profond de son esprit. On assiste à des moments très émouvants. Ainsi, Charlie devenu intelligent va comprendre que ses amis se moquaient de lui quand il était bête. Beaucoup de souvenirs de son enfance traumatisée vont remonter à la surface : l'obstination de sa mère à vouloir le croire normal, les tracasseries de sa sœur, la passivité de son père. Sa découverte douloureuse de l'amour et des relations compliqués, tellement compliquées avec les autres. Charlie est tellement partagé entre sa vie d'attardé mental et sa vie d'homme intelligent qu'il se dédouble en quelque sorte. Il y a deux Charlie : l'être naïf, confiant et stupide et l'homme arrogant, torturé et (trop) intelligent. Les deux vont se battre pour leur place mais ce sera forcément au profit du premier, qui gardera quelques souvenirs nostalgiques de quand il était "un télijan".
  3. Le livre doit sa richesse aussi au questionnement qu'il nous impose : heureux les simples d'esprit ... ? C'est tout au long la question que nous nous posons : vaut-il mieux être bête et heureux qu'intelligent et torturé ? N'aurait-il pas mieux valu que Charlie reste Charlie ? Et lui qu'en pense-t-il de son QI de 70 après avoir eu un QI de 170 ? Qu'en est-il de l'éthique de ces deux scientifiques ayant procédé à l'expérience ?
  4. La couverture de l'édition J'ai lu est tout simplement superbe. Elle retransmet toute la complexité du livre. L'étroite imbrication entre Charlie et la souris, mettant en parallèle le labyrinthe d'exercice d'Algernon et le labyrinthe de l'esprit de Charlie; le lien étroit entre le nouveau Charlie au cerveau sur-développé et Charlie l'attardé, qui regarde les autres enfants jouer dehors par la fenêtre . Chapeau bas pour l'illustrateur d'avoir pu retranscrire en une seule image la richesse de se livre.

Extraits

3 mars. Le Dr Stauss dit que je devrez écrire tout ce que je panse et que je me rapèle et tout ce qui marive à partir de mintenan. Je sais pas pourqioi mais il dit que ces un portan pour qu'ils voie si ils peuve mutilisé. J'espaire qu'ils mutiliserons pas que Miss Kinnian dit qu'ils peuve me rendre un télijan.2- 27 mars. Maintenant que je commence à avoir des rêves et à me rappeler le Pr Nemur a dit qu'il fallait que j'aille à des séances de psicotérapie avec le Dr Strauss. Il dit que ces séances de psicotérapie c'est comme quand on a de la peine et qu'on en parle pour se soulager.
10 avril. Je me sens mal à l'aise. Pas malade à aller cherche un médecin, mais je me sens mal en dedans, comme si j'avais reçu et que j'ai en même temps le cœur serré.
20 mai. [...] Mon intelligence a causé un fossé entre moi et tous ceux que je connaissais et que j'aimais, et j'ai été chassé de la boulangerie. Je suis maintenant plus seul que jamais auparavant. Je me demande ce qui se passerait si on remettait Algernon dans la grande cage avec quelques unes des autres souris. Est-ce qu'elles la traiteraient en ennemi ?
3 octobre. C'est le déclin. J'ai des envies de suicide pour en finir avec tout maintenant que j'ai encore le contrôle de moi-même et conscience du monde qui m'entoure. Mais alors, je pense à Charlie qui attend à la fenêtre. Je n'ai pas le droit de lui enlever sa vie, je ne l'ai qu'empruntée pour un moment et maintenant, je dois la lui rendre.
21 novembre. [...] Je sais pas pourquoi je suis bête à nouveau ni ce que j'ai pu la faire. Peut-être que j'ai pas fait tout ce qu'il falait ou simplement que quelqu'un m'a jeté un mauvais sort. Mais si je mi mets et que je m'exerce beaucou j'arriverais peut-être a être un peu plus un téligent et que je saurai ce quee veulent dire tous les mots. Je me rapèle un peu du plaisir que j'ai eu de lire le livre bleu avec la couverture déchiré. Et quand je ferme les yeux je pense a celui qui a déchiré le livre et il me ressemble seulemant il a l'air diférent et il parle autre ment. Je pense pas que c'est moi parce qu'on dirait que je le vois par la fenêtre.

Informations éditoriales

Publié pour la première fois en 1956
Traduit de l'américain par Georges H.Gallet
A remporté le Prix Hugo meilleure nouvelle 1960 et le Prix Nebula meilleur roman en 1966
252 pages



Chez les blogopotes

CITRIQ

2 commentaires:

  1. Ce livre est un véritable coup de coeur pour moi ! C'est dingue de voir tout ce que Charlie subit et traverse... je ne pense pas que quelqu'un puisse rester insensible devant ce livre !

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