21 nov. 2009

Une vie de pintade à Paris [AMHA S1E39]


INFOS :
Sous-titré Portraits piquants des Parisiennes, leurs adresses, leurs bons plans.
Publié pour la première fois en 2008 chez Calmann-Lévy.
Illustrations de Margaux Motin
330 pages








Une vie de pintade à Paris est une sorte de guide du routard version féminine. On part à la découverte de Paris, de ses habitants, de ses manies, de ses bons coins mais surtout de la pintade parisienne, qui n'est "ni une poule ni une dinde et certainement pas une bécasse, mais le symbole de la femme d'aujourd'hui, sérieuse et frivole à la fois !"

Pourquoi me suis-je intéressée à ce livre, qui ne fait pas partie de mon genre de prédilection ? Eh bien, voilà, je suis une expatriée belge (il parait que c'est comme ça qu'on dit, même si ça fait plus réfugié politique qu'autre chose) en balade à Paris, depuis près d'un an et demi. J'avais envie de savoir si ce que je pense de cette ville, comment je la vis au quotidien, comment je la découvre et la fait mienne se retrouvait dans ce petit bouquin au ton humoristique que j'avais aperçu sur les étals du Virgin des Champs Élysée (haut-lieu de la démesure et de l'abondance commerciale à découvrir).

La réponse en est oui et non.

Commençons par le non. D'abord, je ne suis pas une pintade jusqu'au bout des ongles. En tout cas, pas telle qu'elle est définie dans le livre. Je suis plutôt du genre pintade geekette. La mode, les ventes presse, dépenser 200euros dans une paire de chaussures, aller à la salle de sports, manger bio, passer mon après-midi chez le coiffeur ou chez l'esthéticienne, sortir en club, Paris ou pas Paris, ce n'est pas moi. Il y a donc tout un pan du livre qui m'a un peu échappé. De plus, il faut savoir que dans mon expatriation, je ne peux pas me donner une identité complète de belge/bruxelloise à Paris, puisque ... Aaaah scandale, je vis en banlieue (mais pas la banlieue 92 ou 94, pas celle des Parisiens qui ne peuvent pas se payer la ville même, la banlieue 91, far far away quelque part dans la zone 5 du RER). Par contre, pour ma défense, je travaille sur Paris. Mon regard sur la ville est donc différent.

Pour ce qui est du oui, il n'y a rien à faire quand on vit et travaille dans ou à proximité de la ville lumière, il est des détails qui ne peuvent échapper à l'œil : les bousculades dans les transports en commun et l'agrément des grèves de la RATP ; l'eau qui coule à grands flots dans les caniveaux sous l'œil perplexe des allochtones ; la difficulté de trouver une crèche ou une nounou pour son bout de chou, testé et pas approuvé par des amies ; l'aspect villages-dans-la-ville grâce aux différents quartiers, Paris est très humaine dans le fond, quoi qu'on en voit quand on est juste de passage ; les trottoirs qui servent de terrasses aux cafés et restaurants, passage périlleux assuré pour les piétons et nez définitivement dans le pot d'échappement pour les consommateurs ; les studios minuscules hors de prix, testé et pas approuvé du tout ; la folie des vélib', alors qu'à Bruxelles ça ne fonctionne pas du tout ; les publicités et les vendeurs de fruits dans les couloirs du métro, plein plein de choses ... Y a pas à dire c'est bien de Paris qu'on parle, pas d'une autre ville.

En résumé, Une vie de pintade à Paris est un portrait juste pour ce que je connais, donc j'en déduis qu'il l'est certainement aussi pour ce que je ne connais pas. Pleins d'adresse dont j'ai noté certaines (entr'autre pas mal d'adresses de librairies), des bons plans quoi que je regrette qu'ils ne soient pas davantage à portée de toute bourse, des portraits de parisiennes touchants (mention spéciale pour celui de Mick le cantinière qui m'a beaucoup émue), le tout arrosé d'un style et d'illustrations humoristiques qui rendent le livre fluide et facile à lire.

Là dessus, Bruxelles me manque, j'espère qu'un jour je pourrai voir sur les étals de la FNAC de City 2, lors d'un passage dans ma ville natale Une vie de pintade à Bruxelles.

QUELQUES EXTRAITS POUR LE PLAISIR

• Autre particularité locale : il n'y a qu'à Paris que des millions de mètres cubes d'eau (certes non potable) dévalent chaque année les caniveaux, pour que finalement les rues soient aussi approximativement propres. D'accord, ça a la fonction essentielle de permettre aux taxis grincheux d'éclabousser les passants, aux autobus aussi. Et puis, ça force la Parisienne à cultiver l'art du saut en longueur sur chaussures à talons.

• Paris n'a pas usurpé non plus sa stature de City of crottes. Si à New York, le premier mot de nos enfants a été" taxi", Paris, ça a été "caca de chien". Et lorsque notre Big Boy a été pris d'un besoin urgent sans un pipi-room en vue, le gosse de nous dire : "C'est pas grave, je vais faire sur le trottoir." Face à notre mine horrifiée et à notre refus catégorique, Big Boy a répondu : "Mais, c'est pas juste, les chiens ils ont le droit, pourquoi pas moi ?" C'est ça une vie de chien. Ici, Médor a plus de prérogatives que Junior.

• Ahhh, les terrasses de café ... Quelle arnaque, c'est pas une terrasse, c'est un bout de trottoir sur lequel les piétons aimeraient bien marcher. Vous vous êtes sûrement retrouvée un jour à naviguer sur un trottoir, pressée par un navarin d'agneau en route vers son destin au bout du bras d'un serveur. Franchement, quand on se dépêche pour sauter dans le métro, on ne devrait pas se faire emboutir par un navarin d'agneau, ni par un jarret de veau d'ailleurs.

• Parce que, évidemment, dans le métro, le principal problème des Parisiens, en dehors des grèves, c'est les Parisiens. Sous terre (et à l'air libre d'ailleurs), la Parisian attitude n'est pas exactement synonyme de civisme et de discipline. Il y a des gestes qui coûtent : laisser les autres sortir avant d'entrer dans la rame, se diriger vers le fond ("Arrêtez de pousser !") ou se lever de son strapontin quand il y a du monde. La pintade enceinte expérimente la charité mal ordonnée de ses congénères qui, alors qu'elle ne distingue plus ses pieds tant son ventre est rond, ne la "voient" pas quand elle monte.

POUR ALLER PLUS LOIN

Le blog de l'illustratrice , très humoristique.

AILLEURS

CITRIQ


Lecture réalisée dans le cadre du partenariat Livre de Poche/Livraddict, merci à eux pour leur confiance et leur efficacité.

6 commentaires:

  1. Critique très sympa !
    J'aime bien les petits extraits je pense que le livre pourrait me faire sourire :)
    Mais ça me donne pas envie de vivre à Paris.

    RépondreSupprimer
  2. Comme Mallou, je trouve ta critique très sympa ! C'est bien d'avoir un avis d'une belge à Paris ^^

    RépondreSupprimer
  3. Très sympa ta critique ! Et je dois être comme toi : plus pintade geekette que pintade trendy. Du coup j'ai dû être largée aux mêmes passages que toi !

    RépondreSupprimer
  4. ah je sais maintenant de quoi parle ce bouquin qui squatte les étagères de mon rayon... :D
    Intéressant mais je ne le lirais pas !

    RépondreSupprimer
  5. Merci pour vos comm'

    @Aily : je cherchais justement le terme "trendy" quand j'écrivais ma chronique, merci :p

    RépondreSupprimer
  6. Je suis fan de Margaus Motin qui a écrit et dessiné J'aurais aimé être ethnologue!

    RépondreSupprimer