12 mars 2010

Les métamorphoses du vampire, Charles Baudelaire [Hors-Champ S1E1]

Dans le Traité de vampirologie, d'Edouard Brasey, on peut trouver en fin de volume toute une série de textes datant pour la plupart du XIXème sur la thématique du vampire. Il y a entre autres deux poèmes de Baudelaire, poète que j'aime beaucoup : Le vampire et Les métamorphoses du vampire. Du coup, j'ai un peu farfouillé sur le net et dans mon vieil exemplaire des Fleurs du Mal et j'ai trouvé des informations intéressantes sur Les métamorphoses du vampire.


En 1857, Les Fleurs du Mal est publié. Certains textes furent considérés comme tellement scandaleux et monstrueux, qu'un procès fut intenté pour les faire censurer.

Les mots de Gustave Bourdin dans le Figaro du 5 juillet 1857 : " (...) Ce livre est un hôpital ouvert à toutes les démences de l'esprit (...) ".

Bref, un certain nombre de textes furent donc retirés du recueil, afin de le rendre plus conforme à la morale bien pensante de l'époque. Il a fallu attendre 1949 ! pour que les textes censurés soient autorisés à la publication. Les métamorphoses du vampire en faisait partie.

Dans la vidéo ci-dessous, un poète moderne, Léo Ferré, a rendu hommage à Baudelaire en chantant ce texte. Il en profite pour nous raconter l'histoire de la censure des Fleurs du Mal, sur un ton humoristique.







Les métamorphoses du vampire, 1857

La femme cependant, de sa bouche de fraise,
En se tordant ainsi qu'un serpent sur la braise,
Et pétrissant ses seins sur le fer de son busc,
Laissait couler ces mots tout imprégnés de musc:
- "Moi, j'ai la lèvre humide, et je sais la science
De perdre au fond d'un lit l'antique conscience.
Je sèche tous les pleurs sur mes seins triomphants,
Et fais rire les vieux du rire des enfants.
Je remplace, pour qui me voit nue et sans voiles,
La lune, le soleil, le ciel et les étoiles!
Je suis, mon cher savant, si docte aux voluptés,
Lorsque j'étouffe un homme en mes bras redoutés,
Ou lorsque j'abandonne aux morsures mon buste,
Timide et libertine, et fragile et robuste,
Que sur ces matelas qui se pâment d'émoi,
Les anges impuissants se damneraient pour moi!"

Quand elle eut de mes os sucé toute la moelle,
Et que languissamment je me tournai vers elle
Pour lui rendre un baiser d'amour, je ne vis plus
Qu'une outre aux flancs gluants, toute pleine de pus!
Je fermai les deux yeux, dans ma froide épouvante,
Et quand je les rouvris à la clarté vivante,
A mes côtés, au lieu du mannequin puissant
Qui semblait avoir fait provision de sang,
Tremblaient confusément des débris de squelette,
Qui d'eux-mêmes rendaient le cri d'une girouette
Ou d'une enseigne, au bout d'une tringle de fer,
Que balance le vent pendant les nuits d'hiver.


2 commentaires:

  1. Il existe une anthologie de la poésie fantastique publiée en 1980 chez Le Pibole-Jean Gouézec:
    Le Fantastique dans la poésie française par Alain Mercier.

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