20 mai 2010

Outrage et rébellion, Catherine Dufour [AMHA S2E23]


Outrage et Rébellion est un livre à lire mais il ne plaira pas à tout le monde. De mon côté, j'y ai trouvé du bon et du moins bon. Les longueurs, la difficulté à entrer dans l'histoire à cause de la pluralité des points de vue, l'impossibilité de s'attacher à un quelconque personnage, le style difficile à suivre ... Mais c'est aussi une bonne grosse claque dans la figure de l'humanité. J'aime bien les livres qui mettent des baffes à l'arrogance humaine.


Dans les tours vivent les riches. Dans les pension', ils envoient leurs enfants, où ils seront à la fois abandonnés et emprisonnés. Voilà que l'un d'eux, Marquis, se met à chanter -hurler- leur rage, leur colère, leur quotidien. Le mouvement s'étendra jusqu'au suburb' où la révolte gronde ...
Les monos étaient des monstres sous leurs airs polis, les parents étaient des monstres absents, et les pensionnaires étaient de bons petits élèves appliqués, coincés et aigris - la tête pleine de cases et les cases pleines de merde.

Un livre pas facile


Outrage et Rébellion n'est pas un livre facile. Commençons déjà par la forme. L'histoire nous est racontée par une chiée de personnages, un peu à la manière d'un micro trottoir : ASHTO nous dit quelques mots sur la situation du moment, FADO ajoute son commentaire, LEIGH embraie sur un autre truc ... Et ainsi de suite.

Ensuite le style : dans la continuité du micro-trottoir, les intervenants parlent. Seulement, nous, on lit. Pour en rajouter une couche, ces personnes qui parlent, parlent mal et avec un vocabulaire du futur pas toujours évident pour les pauvres êtres du monde archaïque que nous sommes.
Ceux des frat' posaient le pied sur leurs mollards tandis que nous, on faisait des concours avec les nôtres ; ils baisaient furtivement entre deux remises de médailles pendant qu'on s'enculaient en couronne ; ils couraient après une musculature parfaite et nous, après le loa-amer ; ils avaient l'ambition de contrôler jusqu'à leurs sourcils et nous, on travaillait à perdre tout contrôle - ils voulaient tuer tout le monde et nous, putain, on avait simplement peur de mourir.
Du coup, ils nous prenaient pour des monstres et nous, on les prenait pour des débiles.
La troisième chose qui rend le livre pas évident du tout c'est le fait que rien ne nous est expliqué. Ces jeunes qui racontent leur histoire, ils savent de quoi il retourne, ils n'ont pas besoin d'expliquer comment le monde en est arrivé là où il est arrivé, comment il est organisé socialement, le vocabulaire et les technologies. On est laissé tout seul en plan avec notre incompréhension et nos questions, pas de gentille voix off pour nous mettre sur le bonne voie. Tout ceci est assez déroutant et rend l'univers très difficile à appréhender. On est obligé d'accepter.

Un livre pessimiste

Outrage et Rébellion, c'est aussi un livre dur. Pas dur dans le sens difficile, ça c'est au paragraphe au-dessus, mais dur dans le sens terrible, pessimiste, violent. La Terre est mal en point, il n'y a plus d'animaux ni de végétation. Ceux-ci sont passés dans la légende à tel point que lorsqu'ils sont mentionnés, c'est avec une majuscule. Par contre, les noms de personne l'ont perdue leur majuscule. Pour vous dire l'importance de l'individu dans cette société limite post-apocalyptique.

Et puis il y a la façon dont ils malmènent leur corps. C'est vraiment terrifiant, toute cette drogue, ces mutilations, ces greffes aberrantes, le sexe-n'importe-comment-n'importe-où-avec-n'importe-qui. Quasi complète absence de morale, une identité qui se construit de manière complètement folle. Rien d'étonnant dans le fond quand on voit le manque d'affection et l'ennui dans lequel ils se trouvent.
Les ruinés posaient en permanence, ils se pavanaient, ils se regardaient les uns les autres mais pas pour regarder l'autre : pour voir si l'autre les regardait.

L'histoire d'une révolte

L'histoire maintenant. C'est l'histoire d'une révolte. Une révolte qui tourne mal. Mais les révoltes, ça tourne toujours mal. Ça commence dans les pension' où des gamins sont laissés en semi abandon par leurs géniteurs, surveillés par des mono' qui ne semblent préoccupés que par leur intégrité physique. Ça dure 150 pages et c'est long. J'en avais marre à la fin. Et puis je me suis pris une claque dans la figure, littéralement.

SPOILER ON
La claque c'est la révélation de ce que sont les pensionnaires. Des clones. Des clones élevés pour remplacer les organes défaillants de leurs géniteurs. Je me suis vraiment pris cette révélation en pleine poire. Je ne m'y attendais absolument pas. La construction mentale que je m'étais faite de leur monde était tout autre. Pourtant en y repensant les indices ne manquaient pas. En fait, je me suis sentie trahie. J'ai dû reposer le bouquin pendant quelques jours, histoire de me faire à l'idée, accepter. Je n'ai pas lu Le Goût de l'Immortalité, qui se situe dans le même monde. Peut-être que l'auteur y explique déjà tout ça, je ne sais pas.
SPOILER OFF
Je veux dire, vous êtes né sous la pluie avec un Bec-de-lièvre, qu'est-ce que vous pouvez penser, moralement, d'un multisexe qui carbure aux neurotransmetteurs ? A part : "Brûlez-moi ça !" Jusqu'au moment où tous les gens autour de vous vous regardent avec de grands yeux et vous répondent : "Mais ça va bouffer de l'oxygène !"
Bref, après, on descend dans les caves et les suburb's et une fois lancé dans ce nouvel environnement, ça devient de nouveau long. On s'ennuie un peu. Mais moins que tous ces gamins qui ne savent tellement pas quoi faire de leur vie qu'ils se collent des clitoris sur le visage, se coupent des morceaux d'oreilles et se droguent en permanence. C'est là que la musique de Marquis va les unifier, leur donner une identité et le courage d'aller contre les riches, ceux des tours. La fin laisse un sentiment de malaise, car dans le fond, rien ne change. Reste une humanité honteuse, déshonorée. LINERION l'explique bien dans un des derniers paragraphes du livre :
Et d'un coup, ça m'est venu à l'esprit, que ce n'est pas le soleil qui est terrible. Que c'est nous ! Que c'est le soleil qui a peur de nous. Qu'il ne veut plus voir de champ de marins rayés morts. Que c'est pour ça qu'il nous a chassé de devant sa face.

Informations éditoriales

Publié en 2009 par les éditions Denoël
389 pages

Pour aller plus loin

Catherine Dufour parle d'Outrage et Rébellion sur son site
Une interview de l'auteur sur Sci-Fi Universe
Une autre interview de l'auteur par Henri Bademoude sur Yozone

Chez les blogopotes

Efelle

CITRIQ

6 commentaires:

  1. La lecture préalable du Goût de l'Immortalité me semble nécessaire pour ne pas trop se perdre dans cet univers.

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  2. J'allais dire la même chose qu'Efelle. Les noms ont déjà perdus leur majuscule dans le Goût de l'Immortalité. Merci pour le "stop spoiler".
    Je reviendrai une fois le livre lu ;-)

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  3. Comme Val je reviendrai un peu plus tard. Pas trop car j"ai hâte de le lire

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  4. J'ai déjà failli l'acheter. On en parle souvent en bien... mais je ne sais pas encore si je passerai à l'acte d'achat?

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  5. En plus, ce n'est pas comme si tu découvrais Dufour avec ce livre (pour le côté 'ça part dans tous les sens'). Je l'ai emprunté à la bibliothèque la dernière fois, je ne sais pas si j'aurai le temps de le lire.
    Ma foi, du peu que tu en dis, c'est une lecture qui risque aussi de m'être un peu difficile :S

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  6. @ Efelle & Val : oui sans doute. J'ai le goute de l'immortalité dans ma pàl, je le lirai dans quelques temps.

    @ El Jc : et moi de lire ton avis.

    @ Julien : à la rigueur attend qu'il sorte en poche. Les autres de Dufour sont sorits en petit format, celui-ci aussi sans doute.

    @ Acro : ben en fait quasi, si. Je n'ai lu qu'une nouvelle de Dufour jusqu'à présent. Ce n'est pas très facile comme lecture en effet.

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