16 juil. 2011

La Citadelle des Ombres (L'assassin royal), Robin Hobb [AMHA S3E34]


La Citadelle des Ombres, cycle mieux connu sous le nom de L'assassin royal, est publié en intégrales chez Pygmalion. A ma connaissance, il n'a pas été publié en intégral en poche ou en semi-poche (ce qui est bien est dommage, mais peut-être que ça viendra). En découpé, la série complète se compose de 13 volumes. Série qui est en fait deux trilogies, dont la seconde se passe après un autre cycle de Robin Hobb, Les aventuriers de la mer.  La première trilogie représente 2 tomes en intégral chez Pygmalion, 6 en poche chez J'ai Lu. Tout va bien, vous suivez toujours ?

Ce dont je vais vous parler ici représente les deux premiers tomes de la trilogie, soit le premier volume de l'intégrale, soit les trois premiers après découpage : L'apprenti assassin, L'assassin du roi et La nef du crépuscule.

Fitz, bâtard du fils aîné du roi, grandit à la cour, élevé par le maître d'écurie du château. Le roi lui propose de devenir assassin et espion pour son compte. Pendant ce temps, les Pirates Rouges attaquent sans relâche les côtes du Royaume des Six-Duchés.

L'intrigue est longue à se mettre en place. C'est la vie de Fitz le bâtard (ce qui est un pléonasme que que "fitz" est le bâtard d'un prince en anglais) depuis son arrivée au château vers 6 ans, jusqu'à son arrivée à l'âge adulte qui nous sera contée ici. Je n'ai jamais été gênée par les histoires lentes. Que du contraire. On a le temps de s'imprégner de l'univers créé par Robin Hobb, qui est riche et bien construit, quoi que assez conventionnel : le coup de l'orphelin voué à une destinée extraordinaire, on me l'a déjà fait. Plusieurs fois même.

On a également le temps de s'imprégner des personnages et de voir évoluer leur relation avec Fitz. A noter que l'intrigue est écrite à la première personne, Fitz étant le narrateur. Je n'y ai pas vu d'intérêt particulier. En effet, il semble raconter son histoire dans l'après-coup mais la narration reste trop neutre je trouve. Rédiger le récit à la troisième personne en se basant uniquement sur son point de vue serait revenu exactement au même. C'est un détail mais il est dommage que l'auteur n'ait pas davantage exploité les possibilités d'une narration à la première personne.

[Légers spoilers ci-dessous ; même s'ils ne dévoilent rien de l'histoire en tant que telle, cela peut nuire à la découverte du monde imaginé par Robin Hobb]
Dans cet univers médiéval fantastique classique, les éléments de fantasy restent rares : point de créatures mythologiques ici, ni d'épées magiques à chaque détour de page. Outre le monde imaginaire où se déroulent les évènements, on peut compter trois éléments "fantasystes", qui sont au cœur de l'intrigue :
- le Vif : don qui permet de communiquer avec les animaux. Il est mal considéré et il fût même un temps où on brûlait les gens qui le possédaient. Notre héros le possède mais le met en sourdine pendant de nombreuses années après avoir été vertement tancé par Burrich, le maître d'écurie. Sa rencontre avec le loup Œil-de-Nuit ne ne le lui permettra plus. Il continue cependant à le cacher autant que possible.
- la forgisation : tire son nom de la ville de Forge où le phénomène est apparu pour la première fois. Il s'agit d'une malédiction perpétrée par les Pirates Rouges aux prisonniers qui sont ensuite relâchés ... dépourvus d'humanité : ils sont comme des zombies, sans émotions, égoïstes, vivant pour se nourrir et n’hésitant de ce fait pas  tuer et manger leurs proches. On ne sait pas comment les Pirates les "transforment". J'imagine que cela sera expliqué dans les suite des évènements.
- l'Art : c'est en quelque sorte le don de télépathie. Celui qui le possède et a appris à s'en servir peut communiquer à distance avec les autres Artiseurs, voire contrôler les esprits. Ce sont les personnes de sang royal qui y montrent des prédispositions (d'où le nom de Loinvoyant pour la famille royale des Six-Duchés). Fitz l'a également,  le don n'étant pas totalement sans lien avec le Vif, mais il a été abîmé par le maître artiseur Galen.

Si le lien entre l'Art et le Vif (qui n'est en fait qu'une forme honteuse de l'Art, tournée vers les animaux et beaucoup plus basé sur l'instinct puisqu'il ne demande pas d'apprentissage particulier) est évident, je suis convaincue que la forgisation y est liée aussi, d'une façon ou d'une autre.

Sans être du même niveau de complexité et de réalisme que Le Trône de Fer (avec lequel la comparaison est quasi inévitable tant les points communs entre les deux cycles sont nombreux), ni sans être aussi violent, La Citadelle des Ombres ravira les amateurs de cycles de fantasy de qualité.

POUR ALLER PLUS LOIN

Publié pour la première fois en 1995 et 1996.
1998 et 1999 pour la traduction française chez Pygmalion.
Traduit de l'américain par A.Mousnier-Lompré.
Titres originaux : The Farser : Assassin's Apprentice - The Farser : Royal Assassin.
1112 pages.

AILLEURS

Endea,

CITRIQ


Livre  lu dans le cadre du Défi des 1000

10 commentaires:

  1. Ce que je trouve particulièrement affligeant avec les éditions françaises, c'est qu'il n'y en a pas une pour respecter le découpage anglais ou rétablir le fait que les aventuriers de la mer font partie de l'Assassin Royal.
    J'aime beaucoup la narration à la première personne, je me suis attachée à Fitz et la première personne renforce le fait qu'il est d'une banalité affligeante, tant il manque d'ambition. Vérité est plus héroïque que Fitz.
    Par contre, je ne suis pas tout à fait d'accord sur le fait que le vif soit une forme d'Art, il y a effectivement des similitudes, mais je ne crois pas qu'ils aient la même origine.

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  2. Je ne suis pas d'accord non plus sur la comparaison Vif et Art (Wit et Skill en VO). Hobb présente clairement les deux magies comme étant séparées. En outre même si a une époque il y a eu plus d'artiseurs (existence de plusieurs clans) cette magie est présentée comme un don réservé à une élite en l’occurrence la famille royale alors que le Vif est plus présenté comme la magie des gens du peuple.
    Concernant le découpage lors de la traduction je suis d'accord c'est n'importe quoi. Chaque tome des 2 trilogies en VO est découpé en 2 romans sauf le dernier qui lui est découpé en 3. En outre on nous présente cela comme une seule série alors qu'il s'agit bien de deux cycles séparés par une ellipse temporelle (ellipse de 15 ans il me semble).
    Par contre The Bursar je ne suis pas d'accord quand tu dis que les Aventuriers de la Mer font partie de la série. Il s'agit d'un cycle indépendant se déroulant dans le même univers. Alors oui on va y apprendre des choses intéressantes qui vont permettre de comprendre certains évènements liés à l'histoire de Fitz mais il s'agit de faits historiques ce qui finalement n'a rien d'étonnant puisque c'est le même monde. En outre le seul lien entre les Six Duchés et les Marchands de Terrilville est un personnage qui évolue sous différentes identités et Hobb ne confirme jamais que c'est le même personnage même si nous, lecteurs, en sommes certains.

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  3. Ok pour le Vif et l'Art, ceci m'avait échappé ou était déjà sorti de mon cerveau (bouquin commencé fin mai, fini fin juin et chroniqué mi juillet, j'ai déjà été plus efficace).

    Pour les découpages, c'est lourd en effet mais je crois que ça correspond à des impératifs de délais de trad aussi, pas que pour alimenter un fond de commerce. Me semble avoir lu quelque part que le nouveau traducteur du Trône de Fer expliquait que la sortie en 3 volumes du dernier tome faisait en sorte que les lecteurs français n'aient pas à attendre trop longtemps pour pouvoir commencer à la lire (on peut concevoir que c'est long de traduire un tel pavé et Robin Hobb n'a pas grand chose à envier à Martin de ce point de vue).

    Pour les aventuriers de la mer, comme le cycle a été publié avant la seconde trilogie, je le lirai avant de poursuivre le cycle de Fitz.

    Le fait est qu'en effet on peut s'y perdre puisque quelqu'un de non averti pourrait enchaîner les 4 tomes d'intégrales de La citadelle des ombres à la suite, sans se rendre compte qu'il existe une série, indépendant certes mais narrant des évènements qui se situent avant le 3 et 4 (en intégrales)dont on peut imaginer qu'ils sont mentionnés ou rappelés dans le 3 et 4.

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  4. D'accord avec toi en tout cas, c'est de grande qualité. Moins politique mais plus psychologiquement (émotionnellement ?) parfait que le Trone de Fer.

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  5. je vois ta position, Jarod, mais je ne suis pas convaincue, c'est vrai que ce n'est pas nécessaire pour comprendre the Tawny Man Trilogy mais ce qui est dit dans The Golden's Fool modifie pas mal la vision que l'on peut avoir de The Liveship Traders. En plus la présence de ce personnage fait que ce ne sont pas des événements sans liaisons, puisque du début à la fin, il poursuit toujours le même but, donc s'il est là, c'est que ce qui se passe à ce moment-là, a une importance pour la suite des événements surtout qu'il y a un autre personnage qu'on va retrouver dans the Liveship et dans Fool's fate...
    De toutes manières, le principal problème de l'édition française est que cela fait croire que The Tawny Man Trilogy et THe Farseer Trilogy sont un seul et même cycle, alors qu'en anglais ce n'est pas un cycle.

    Sur L'Art, je dirai qu'il y a en plus des enjeux politiques, parce qu'au départ, ce n'est pas la magie d'une élite, mais à travers les générations, c'est un pouvoir que l'on a cherché à réserver à la famille royale.

    Je n'ai pas lu le Trône de Fer, donc je ne peux pas dire si ça lui a nuit ou pas, mais pour Hobb, le découpage nuit, car elle a un rythme très lent, ce qui passe bien sur un pavé mais pas en version découpée car l'action est moins bien répartie...

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  6. Tout à fait d'accord avec toi c'est le genre de bouquin que je recommande aux débutants parce que c'est de la bonne vieille fantasy mais bien fichue. Je l'ai lu en pleines révisions du bac et au final j'ai abandonné les révisions le temps de finir le cycle, sans quoi j'arrivais pas à me concentrer sur mes maths xD.

    Et le découpage est pourri, je suis tout à fait d'accord (enfin les premiers ça va encore, le premier est d'un bloc et le 2e coupé en 2, mais le troisième est coupé en 3, c'est un peu abusé).

    Quant au rapprochement vif/art, il me semble que y'a des choses à ce sujet dans The Tawny Man. A lire après les Aventuriers de la mer, je confirme, ne serait-ce que pour éviter de se spoiler cette série ^^.

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  7. De mon côté, je rejoins Gromovar : je préfère "La citadelle des ombres" au "Trône de fer" pour son développement psychologique. Il faut dire que j'ai presque tout lu dans cette série de Robin Hobb, alors que je suis restée enlisée au début du "Trône de fer".
    Et au fait, je n'ai rien compris au découpage. Mais rien de rien. "L'arche des ombres" s'intercale où, exactement ?
    Cela ne m'a pas empêché de fourrer les bouquins dans les mains de M. Blop, qui en est déjà au tome 7. Ce qui est un excellent indicateur de l'intérêt de la série.

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  8. @Gromovar : disons que comme on a qu'un seul personnage à suivre, ça permet de mieux le connaître.

    @The Bursar : c'est pareil pour Le Trône de Fer. Rythme très lent également.

    @Calenwen : oui tout fait. C'est bien pour les ados aussi.

    @Blop : l'arche des ombres c'est les aventuriers de la mer.
    Pour respecter la chronologie des évènements et l'ordre de publication, il faut lire le cycle dans cet ordre :
    1/ la citadelle des ombres * et ** (6 tomes avec découpage).
    2/ L'arche des ombres (je ne sais pas combien il y en a).
    3/ la citadelle des ombres *** et ****

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  9. J'ai lu ce cycle il y a un peu plus d'un an et c'est une intrigue effectivement conséquente et un peu lente (mais je l'apprécie). J'avais trouvé un vrai challenge à lire ces centaines de pages et je n'étais qu'avide de la suite. J'admets que j'apprécie la narration à la première personne mais effectivement elle n'est pas exploitée à son maximum.

    Merci pour l'article pour le moins agréable à lire !

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    1. C'est assurément un cycle de qualité. heureuse que tu aies apprécié la lecture.
      Merci de ta visite et à bientôt pour d'autres billets !

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