23 août 2011

Yama Loka Terminus, Léo Henry & Jacques Mucchielli [AMHA S3E44]


 J'ai fait un tour à Yrminadingrad et j'ai survécu.  C'est facile de l'écrire mais pas si facile à vivre. En 21 nouvelles, Léo Henry et Jacques Mucchielli nous emmène sur les traces d'habitants ou d'êtres de passage dans cette ville dans un futur quelconque de l'Europe de l'Est.

Yama Loca Terminus, c'est dur, et très cru. C'est gris, c'est glauque. C'est expérimental parfois avec cette nouvelle écrite en trois colonnes, ou encore celle écrite à la deuxième personne du singulier.

Je ne vous dis qu'une chose, il se passe des choses pas nettes à Yrminadingrad, cela vaudrait le coup d'aller jeter un œil de plus près. Ou pas. Fuir dans la direction opposée peut être une autre solution. Fascinante et repoussante, cette ville ne peut laisser indifférent et c'est ce que nous font comprendre les narrateurs de ces 21 récits en nous contant leur quotidien.

Le livre est tellement dense qu'il vaut certainement la peine d'y revenir de temps en temps, ce que j'espère faire. Sinon, il est toujours possible de se lancer dans Bara Yogoï, récidive des auteurs sur la même ville, ouvrage que je ne saurais trop tarder à me procurer.

J'ai apposé le label du challenge Fins du Monde à ce livre. Ce n'est pas du post-apo en tant que tel entendons nous bien. S'il fallait le classer quelque part (bien que ce livre me semble sortir des sentiers battus des genres bien rangés), je dirais plutôt que c'est une dystopie. Mais il y a quelques séquences très "apocalyptiques" dedans, dont entre autre le #quotation thrusday de la semaine dernière. Je me suis donc permise cette liberté.

Mais bon sang de bois ... A quoi peut donc bien ressembler un pigeon-chat ?

EXTRAITS

C’était un maidredi ou peut-être en juindi…
Qu’est-ce que tu racontes encore ? Un maidredi ?
Excusez-moi, je voulais dire en mai ou en juin, peut-être un lundi ou un dimanche, je ne sais plus. Dès fois, les mots se mélangent, ou se confondent, c’est difficile à dire. En tout cas, c’était le soir, j’en suis presque certain. La pluie hideusement déformait le paysage et…
Ça suffit, on s’en fiche de la pluie. Tu devais nous parler du Juge. 
Ah oui, le juge. Eh bien, je sortais du tribunal et c’est arrivé sur le parking. Ils se sont sans doute faufilés derrière moi au moment où j’entrais dans ma voiture. Je n’étais pas présent. Ce sont les autres qui l’ont enlevé. Mais ils m’ont raconté. Ils l’ont chloroformé ou peut-être seringué, je ne sais plus, mais soudain je me suis senti cotonneux et tout est devenu noir et je, enfin je veux dire il, le Juge.
Mais qu’est-ce que c’est que ce charabia à la fin ?

Histoire du prisonnier et du captif

***

Des milliers d'ouvriers mentent à leur famille chaque soir, en rentrant du travail avant le couvre-feu. Ils racontent leur journée, dans un chantier lointain, inventé de toutes pièces. Ils ont signé. Pas question de provoquer une panique. Ceux qui parleront, même si personne ne les croit, seront exécuté sans procès.

Et s'échapper des côtes rompues, et se répandre en nuées immenses

***

On ne montre pas son cul à tous les passants. On ne montre pas sa mort. Cette impudeur - elle regardait ailleurs -cette impudeur, ça, je ne pourrai jamais lui pardonner.

Ces photos de moi que l'on n'a jamais prises.

POUR ALLER PLUS LOIN

Publié en 2008 chez L'Altiplano
Illustration et conception graphique : Stéphane Perger.
315 pages.

AILLEURS

CITRIQ



3 commentaires:

  1. Miam, tu me mets l'eau à la bouche là.

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  2. Tu n'as plus qu'à foncer sur Bara Yogoï.

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  3. @Maëlin : tant mieux tans mieux ^^

    @Efelle : vais essayer de le lire en 2012.

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