23 mars 2012

Lolita, Vladimir Nabokov [AMHA S4E14]


Lolita. Passé au rang des classiques. Est devenu un nom commun qui a remplacé le mot "nymphette" à l'usage. Sujet dérangeant. A été refusé par de nombreux éditeurs et interdit dans plusieurs pays. Adapté au cinéma par Stanley Kubrick en 1962. Un monument de la littérature contemporaine.
Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois reprises, contre les dents. Lo. Lii. Ta.
Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l'école. Elle était Dolorès sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita.
L'histoire nous est contée par Humbert Humbert alors qu'il attend son procès. Ce texte est sa confession pour son amour incontrôlé pour les préadolescentes en général et d'une en particulier : Lolita. Lolita est la fille de sa logeuse, Charlotte Haze qu'il finit par épouser, dans le seul but de rester proche de Lolita. Charlotte décède subitement et Humbert se retrouve tuteur de la jeune fille. La descente aux enfers commence là.
Je n'ai fait qu'obéir à la nature. Je suis le chien fidèle de la nature. Pourquoi alors ce sentiment d'horreur dont je ne puis me défaire ? Lui ai-je subtilisé sa fleur ? Sensibles dames du jury, je n'étais même pas son premier amant
Comme le livre est écrit à la première personne, on est constamment dans la tête de Humbert. En plus, faut pas croire qu'il se censure : aucune de ses pensées ne nous est épargnée. C'est assez désagréable. Au début, il est dans la culpabilité. Il sait que ses pensées sont mauvaises, il essaie de lutter, de les contourner. On peut presque ressentir de l'empathie pour lui. Après sa rencontre avec Lolita, la lutte devient plus difficile. Et il finit par céder. Et vient le temps de la dissimulation. Toute l'énergie utilisée auparavant à lutter contre ses penchants est à présent tournée vers le besoin de contrôler les moindres faits et gestes de la jeune fille et que la vérité sur leur relation soit cachée aux yeux de tous. Là l'empathie devient limite impossible.
Et, à moins de quinze centimètres de moi et de ma vie ardente, gisait la nébuleuse Lolita !
Ce livre est excellemment écrit (bon sang, quand on sait que Nabokov est russe d'origine et qu'il a écrit ce livre en anglais, c'est impressionnant) et donne largement matière à analyser et réfléchir. Cependant, ma lecture fut laborieuse. J'ai mis trois semaines pour le lire, en ne lisant quasi que ça. Trop long, et puis il faut bien avouer que ce Humbert Humbert aime se complaire dans les détails lors de sa narration. J'ai eu l'impression que ça n'en finissait plus. Tout ce que je voulais c'était arriver au moment où il en viendrait à expliquer comment il s'est retrouvé en prison.

Je suis quand même contente de l'avoir lu mais j'ai plus une impression de devoir accompli qu'une satisfaction liée à un quelconque plaisir de lecture.

POUR ALLER PLUS LOIN

Édité pour la première fois en 1955.
1972 pour la traduction française chez Folio.
Traduit de l'américain par Maurice Couturier.
Titre original : Lolita
532 pages.
Illustration de couverture : Carsten Witte/Stone.

AILLEURS


CITRIQ

12 commentaires:

  1. Je l'ai lu à 15 ans, je l'ai juste adoré. Puis je l'ai relu vers 25-26 ans. Je l'ai encore aimé, mais il m'a beaucoup plus perturbée. Je pense que je l'aurais lu différemment si je n'avais pas eu cette première expérience plus "naïve" de cette histoire. Peut-être que ça m'aurait moins plu...
    Une adaptation en a aussi été réalisée en 95, avec Jeremy Irons dans le rôle d'Humbert. Je la préfère (et de loin) à celle de Kubrick, je trouve qu'elle retranscrit beaucoup mieux le trouble de l'histoire.

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    1. Pas vu cette adaptation. Celle de Kubrick ne m'avait pas laissé un grand souvenir.

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  2. Nabokov manie la suggestion et l'évocation avec trop de brio pour que le livre ne soit pas, en effet, assez perturbant (perso, je m'attendais à pire). Mais il faut préciser qu'il n'y a rien de cru dans ce texte. La langue de Nabokov est tout simplement géniale, extrêmement précise. Il n'a pas son pareil pour transposer en phrases intelligibles des émotions très complexes.

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    1. Oui c'est tout à fait vrai, ce n'est jamais à aucun moment vulgaire ou pornographique. Nabokov a une très belle plume.

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  3. Je suis comme Cachou, je l'ai lu ado. Je devais avoir 16 ans et j'ai adoré ce roman!
    Je ne l'ai jamais relu mais je tenterai bien l'expérience pour avoir une autre vision de l'histoire.

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    1. Je me demande ce qu'on peut bien penser de Humbert Humbert quand on a 16 ans... Tu t'en souviens ?

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    2. Je me rappelle être ressorti de la lecture assez dégoutée mais aussi très désappointée par l'attitude de Lolita. Certes Humbert est un personnage "pervers" mais Lolita n'est pas toute blanche dans l'histoire et ça m'avait vraiment choqué.
      Au delà de ça, l'écriture de Nabokov est vraiment magnifique!

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    3. En effet, Lolita n'est pas toute rose là dedans non plus. Ca rend le bouquin encore plus dérangeant car ça rend la distinction entre le bien et le mal plus difficile.

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  4. De mon côté, je pouvais comprendre la fascination de Lolita pour Humbert, c'est peut-être en cela que le livre m'a marquée, parce que c'est une histoire plausible du point de vue de l'adolescente (pas toute la fuite, mais le béguin appuyé qui donne envie de séduire cet homme plus âgé à une jeune fille qui comprend bien plus qu'on ne veut le penser ce que tout ça implique).

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    1. Oui tout à fait. D'ailleurs on trouve un peu le même schéma dans American Beauty.

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  5. Je suis d'accord avec toi sur beaucoup de points, notamment le niveau de langue (par contre la lenteur ne m'a pas dérangé bien au contraire), mais un peu moins sur "l'empathie" que j'ai ressenti envers Humbert Humbert. D'ailleurs, je ne pense même pas que ce soit réellement de l'empathie, plutôt de la curiosité mais en tout cas pas du dégout, ce qui vu de ses actes est déjà une réussite de la part de l'auteur. Et j'ai ressenti la même chose tout au long du texte, peut-être même encore plus sur la fin, où certes il est passé à l'acte mais on le voit totalement se morfondre de sa passion pour Lolita et du dégout de lui-même. Le personnage est clairement extrêmement bien construit, et donc intéressant.

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    1. La lenteur me dérange rarement. En fait ce n'est pas vraiment la lenteur je crois qui m'a dérangée mais le fait que ça tourne un peu en rond. Pour l'empathie, au début, ce que j'ai ressenti c'est ce que je pourrais ressentir pour un junkie en désintox : le pauvre gars qui essaie de se dépatouille de son addiction et tourne en rond comme un chien fou. Bon tu vas me dire c'est pas la même chose, certes, mais c'est dans l'idée :p

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