26 mars 2013

Petit traité sur l'immensité du monde, Sylvain Tesson [AMHA S5E19]



Petit précis de philosophie du voyage, cet essai de Sylvain Tesson nous emmène dans ses pas aux quatre coins du monde : chevauchant les steppes, escaladant les cathédrales, dormant dans l'entrée d'un immeuble ou arpentant les forêts de Sibérie, l'auteur semble avoir tout fait, tout vu.

Il explique : 
Depuis que j'observe les éleveurs de yacks au Tibet, les cavaliers de Mongolie, les berges afghans ou les sherpas de Khumbu, et depuis que - par périodes- je m'essaie à les imiter, j'en suis venu à la conclusion que le nomadisme est la meilleure réponse à l'échappée du temps. Mon but n'est pas le rattraper mais de parvenir à lui être indifférent.
Moi qui me sens pourchassée par le temps qui passe et qui suis hantée par l'idée de la mort qui finira par arriver, inéluctable, ce depuis mon adolescence, et avec une acuité qui s’accroît exponentiellement chaque jour que je passe à travailler, à poireauter dans les transports ou dans de quelconques files d'attente, j'envie cet état d'esprit. C'est presque un super pouvoir d'être indifférent au temps alors qu'il obsède le monde entier.

Je me suis rendue compte que cette lecture n'avait rien d'agréable pour moi quand je me suis retrouvée à bouquiner ce petit livre, littéralement écrasée entre un gars et la porte dans un RER bondé s'éloignant de Paris à une allure de tortue. Comment se prendre en plein dans la face la médiocrité de son existence. C'est là que la raison de cette envie de voyage à l'autre bout du monde, sur un continent où je n'ai jamais mis les pieds, dans des steppes où à l'infini on ne voit que l'herbe et le ciel prend tout son sens. C'est le compromis que mon moi branché matérialisme et confort casanier veut bien donner à mon moi qui rêve d'aventures. 
Comme les Mongols, ces fils du vent, il [le vagabond] pense que la terre est dure et le ciel lointain, mais il apprécie que la première lui serve de paillasse et le second d'auvent.
Sinon à part ça, le livre, je l'ai trouvé fouillis,  fourre-tout. Je suppose à l'image d'un sac de vagabond. Du coup j'ai quand même eu un petit peu de mal à m'y retrouver. On passe du coq à l'âne sans transition aucune. Les chapitres s’enchaînent sans logiques apparentes. C'est bourré d'anecdotes de voyage livrées brutes de décoffrage, nous offrant un regard, lacunaire cependant, sur les autres cultures.
Il m'expliqua que des ivrognes s'endorment chaque hiver dans la rue par une nuit de neige et qu'on les retrouve cinq mois plus tard quand le printemps fait fondre leur linceul. On les compte par centaines en Russie. On les appelle les "perce-neige"
L'auteur en plus d'être voyageur est aussi quelqu'un de très instruit : il a d'excellentes références littéraires. De nombreux auteurs sont cités. Il propose même une petit bibliothèque du vagabondage où Kerouac côtoie Nietzsche, Shakespeare ... et Tolkien.
Il y aura Tolkien pour ne pas oublier de ne jamais regarder les choses comme on croit qu'elles sont. Il y aura Soseki et son économie de l'âme pour éteindre le feu allumé par Tolkien.
Un chapitre est consacré au voyage à cheval. Il est bien trop court. Cela dit, ce qu'il en dit est fort juste et ce n'est pas l'objet principal du livre.
Le point de fusion est atteint quand l'homme et sa bête réagissent en même temps à l'adversité, débusquent la bonne pâture ensemble, esquivent le danger ou l'embûche d'un même geste, sans concertation. C'est l'entente ultime, complicité qui permet à chacun de prévenir les humeurs de l'autre. Le cheval devient miroir des émotions du cavalier.
Bref, le monde est immense, c'est un fait, et ce traité est petit, c'est un fait aussi. On ne met pas l'immensité du monde dans un livre. C'est avant tout un petit bouquin d'invitation au voyage. A voyager différemment , ce l'auteur appelle le "nomadisme" ou le "vagabondage", un voyage qui n'a pas d'autres but en soi que de rester indifférent au temps qui passe.

POUR ALLER PLUS LOIN

Publié en 2005 aux Editions des Equateurs.
2008 pour la publication chez Pocket.
Photographie de couverture Thomas Goisque
167 pages

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 La photo a été prise par DIGITALAIN.
Sous licence Creative Communs.

10 commentaires:

  1. Super article. Je suis bien tentee de lire ce livre, dont je n'avais jamais entendu parler.

    Et la Mongolie a cheval? Formidable!! Quel projet! x

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  2. Merci pour ton commentaire :) Bonne lecture si tu décides de lire le livre ^^

    Oui c'est en préparation, pour fin juin, hâte que ça se concrétise. Pour l'heure, toujours en attente que le départ soit garanti (faut être un minimum d'inscrits pour qu'ils lancent la rando).

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  3. Super content que tu aies lu ce petit essai.
    C'est un bouquin que j'aime particulièrement parce que, en se cumulant avec d'autres rencontres, il a beaucoup compté pour moi.
    Concernant ton projet, on espère très très fort que ça se concrétise.

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    1. Merci de me l'avoir conseillé :) Je suis contente de l'avoir lu même si j'ai un goût de trop peu, pour le simple fait de la réflexion autour des raisons qui me poussent à effectuer ce voyage.

      Ouais normalement il ne devrait pas y avoir de souci pour la concrétisation. C'est juste que les gens s'inscrivent et paient tard -_-

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  4. Je comprends bien ton état d'esprit, moi c'est pas tellement le temps qui m'angoisse mais plus le côté train-train/boulot pas passionnant qui me gonfle... Ce sentiment de complètement passer à côté des choses, de passer 80% de son temps à faire des choses qui ne nous passionnent pas pour seulement se réserver les 20% qui restent! Vraiment pas envie de passer toute ma vie active sur ce mode là, mais bon, faut bien gagner de la thune pour vivre!

    La lecture permet au moins ce genre d'évasion, à petite échelle! :)
    Et si tu veux encore plus rêver de voyage, je te conseille d'aller faire un tour sur le blod de Madame Oreille, elle fait des carnets de voyages à tomber... :)

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    1. Ça rentre dans le même ordre d'idée. Le train/train devient très effrayant au bout de quelques années. Je vais jeter un coup d'oeil à ce blog.

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  5. Mais mais mais... Tu as des chevaux dans ta vie! Ça ne t'aide pas à être en dehors du passage du temps? Dans mon souvenir, les heures en selle étaient des moments où seul le *maintenant* comptait. Je ne sais pas trop comment trop comment le décrire...
    Bon par contre je partage ton dépit à propos du RER, je ne m'en sers pas pour aller travailler mais je conçois bien à quel point c'est pénible.

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    1. 1h par semaine ? :D Ca fait pas beaucoup de temps passé hors du temps. C'est soit le RER soit me plaindre à longueur de temps de la taille minuscule de mon appart et du bruit des voisins. Je préfère le RER :/

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    2. Hm c'est vrai, mais comme moi j'ai zéro heure, ça me semble énorme, lol. :)

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    3. Certes vu comme ça ... C'est vrai que quand j'ai recommencé lje le voyais plus comme ça : c'était merveilleux. Après on se met dans une certaine routine et ça devient normal. D'où le voyage, ça va raviver tout ça :D

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