9 avr. 2013

Gueule de Truie, Justine Niogret [AMHA S5E22]

Ma lecture de Gueule de Truie commençait sous les meilleures auspices : un magnifique couverture, du postapo, une écriture poétique hors du commun.

Le style très poétique crie de tous ses mots que, oui, le postapo ça peut être beau ! Si pour les images il y a une certaine esthétique de la ruine, il en est de même pour les mots. Le cassé, le poussiéreux, le sale, le violent, le sang, tout ça peut être beau. Non je ne suis pas folle et cela ne fait pas de moi quelqu'un qui voudrait avoir ce genre de monde sous le nez tous les jours. Comme on peut fortement apprécier les œuvres de Dali et pourtant ne pas en vouloir dans son salon.

L'autre le regarde avec des yeux humides de chien qu'on frappe. Gueule de Truie n'est pas un imbécile, il n'est dupe de rien. Il sait que ces gens ne savent même plus parler. Il sait que l'autre ne comprend qu'à peine; le ton, un peu, comme les animaux. Des mots simples, vite avalés et digérés, des ordres, des morceaux d'information. Faim, soif, brutal, dormir, peur. Rien d'autre. Gueule de Truie les hait à un point qui lui brûle le ventre. Comme s'il pissait du napalm.
Gueule de Truie a été élevé par les Pères. Pour tuer. Achever la populace médiocre qui survit péniblement sur cette terre post "Flache". Il a grandi dans cet unique but. Une machine à tuer. Ses seuls sentiments : la colère et le dégoût. Jusqu'à ce qu'il rencontre une jeune fille qui porte une boîte. Elle semble savoir où elle va avec sa boîte. S'ensuit l'histoire de la rencontre entre ces deux-là et leur voyage en enfer.
Ce que tu tournes dans ta tête. Sans fin, sans fond, sans repos. Le mot, le mot ! Tes questions sans réponses. Ce sont des fantômes. Tu serais sage de ne pas te battre avec eux. Ils ne peuvent que noyer ce que tu es. Tu es déjà lourd. Les profondeurs te seraient fatales, peut-être.
Jusque là tout va bien, j'accrochais bien. Moi aussi je voulais savoir ce qu'il y avait dans cette boîte et ce qu'elle allait en faire. Moi aussi je voulais voir jusqu'où la quête de soi de Gueule de Truie allait aller, jusqu'où la relation naissante de ces deux-là les emmènerait  Puis le bouquin sombre dans le mysticisme incompréhensible.  Et le reste est vide de sens. Encore un bouquin dans lequel l'espoir n'est pas permis, où les actions des personnages n'ont aucune finalité. Je veux bien que la mode est au pessimisme mais tout de même ... Parfois je me demande si ce n'est pas la solution de facilité. Ce trop de RIEN, ça me vide, littéralement. Et on finit par ne plus rien avoir à dire.
Le monde est mort et rien d'important n'a été perdu [...].
POUR ALLER PLUS LOIN

Publié aux éditions Critic en février 2013
Illustration de couverture Ronan Toulhoat
254 pages.

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15 commentaires:

  1. Je comprends parfaitement tes réticences, l'auteur est peut-être allée un peu trop loin dans l'abstraction...

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    1. En fait je pense que ce qui est gênant c'est que ça devient mystico-abstrait dans le dernier tiers du livre (si je me souviens bien), alors que toute la première partie ne l'est pas vraiment. A partir du cerf blanc j'ai complètement décroché.

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  2. J'ai toutes vos chroniques à rattraper du coup, je ferai ça demain je pense, il commence à se faire tard.

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  3. J'ai commencé à le lire peu après toi, et je me souviens de ton tweet élogieux quand j'ai commencé... qui m'a fait me poser des questions que j'ai atteint la moitié du bouquin où je me suis mise à ne plus rien comprendre du tout... x) Je pensais que c'était que moi, je suis rassurée de voir que non !
    Je te rejoins donc complètement sur ta chronique, même avis mitigé !

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    1. C'est pour ça que je suis déçue. J'étais vraiment emballée au départ :( Hâte de lire ton avis.

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  4. Je ne peux que plusseoir ton ressenti sur la définition du beau que tu mets en avant ici :)
    Bah mince, bon départ puis plus rien ? C'est "mysticisme incompréhensible" qui me fait peur, tiens. Je n'ai pas encore eu le temps de lire d'autres chroniques mais de ce que j'entrevois dans les précédents commentaires, tu n'es pas la seule lectrice à l'avoir ressenti.

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    1. Tu as de bons goûts :p
      Je dois encore lire les chroniques des autres. D'ailleurs j'y file après avoir répondu à mes commentaires.

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  5. Je n'ai encore rien tenté de Justine niogret mais ça m'a l'air super sombre et peu joyeux non toute son œuvre ?
    Je suis pas sur d'avoir le courage d'essayer.

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    1. C'est pas très joyeux en effet. Chien du heaume est assez dur aussi. Mais j'avais bien aimé celui-là.

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  6. J'avais été très dubitative sur la fin, j'aurais aimé d'ailleurs affirmer un peu plus clairement ma déception au sujet de ce livre, ma conclusion restait encore assez élogieuse parce qu'il s'agissait de Justine Niogret, mais quelques semaines après ma lecture, je me rends compte que vraiment ma déception a primé sur le début qui fut très prometteur.
    Voilà qui n'est pas donné à tout le monde de chroniquer correctement ...

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    1. Elle est très bien ta chronique. Je comprends que tu sois embêtée par le fait de ne pas avoir su exprimer ce que tu voulais dire, mais bon ce n'est pas très grave. On comprend quand même très bien que la fin t'a laissé perplexe ^^

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  7. Merci pour cet article clair, j'avais beaucoup aimé "Mordre le bouclier" et pensais peut-être acheter celui-là : tu viens de me faire économiser 20€, je détetste avoir la sensation que les actions des personnages sont inutiles et je ne suis pas fan de mysticisme religieux exacerbé !

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    1. Ha oui en effet, si ça te plait pas ce genre de came. Cela dit les 2/3 du bouquin sont très bien :D

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