16 janv. 2014

Mordred, Justine Niogret (2013) |AMHA S6E3|


Mordred souffre d'une blessure au dos qui le cloue au lit. La souffrance ne le quitte plus. Il ne lui reste que ses souvenirs, alors que sa vie est en suspens. 
Chaque nuit était un papillon noir qui buvait le sommeil du chevalier. La brûlure dans le bas du dos, la hanche, la cuisse, c’était l’insecte, c’était sa faim. Parfois, l’insecte enfonçait sa trompe jusqu’au genou. Il y fouillait. Une trompe acide, pointue comme un éperon ; de ceux que l’on met avant les joutes, aussi longs que des doigts, pointus à en faire saigner.

Justine Niogret nous propose de revisiter ce personnage méconnu, mal aimé, traître et assassin, de la légende arthurienne. Au final, de la légende arthurienne, il ne reste que les non-dits, tous les éléments habituels ayant été occultés, de l'épée d'Arthur à la quête du Graal. Il reste un portrait. Le portrait intimiste d'un homme nostalgique de son passé. 

Entre souvenirs et temps présents, on apprend à connaître Mordred, au travers des relations qu'il entretient avec les autres : sa mère Morgause, son oncle Arthur, Polîk qui se repaît de son malheur, son médecin, mais aussi la vieille jument placide de son enfance et le jeune étalon fougueux de sa convalescence.
Tu te souviens les troupeaux de dix bêtes, chacune différente, chacune avec un nom ? L’amour des paysans pour leurs animaux. Moi, je regardais les mouches qui se posaient sur les yeux des veaux. Elles buvaient leurs larmes, leur sel. Comme si elles buvaient leur peine. Les maîtres des vaches, les maîtres des taureaux regardaient ces petits tout juste nés, leurs genoux ronds comme des courges, leurs pas trébuchants. Ils en étaient fiers. Ils voyaient leur fortune, le résultat de leurs efforts. Moi, je voyais les mouches. Tu es mon veau, Mordred. Je bois et ma soif ne s’étanche jamais. Je t’ai choisi ce jour-là. Boire ta peine, voilà ce qui me nourrit. Je n’ai pas à te détruire. Juste à me poser près de tes yeux. Il t’a toujours manqué le vice de le comprendre.
J'appréhendais cette lecture après ma déconvenue avec Gueule de Truie. Au final, je l'ai bien appréciée. Une lecture au parfum amère que la nostalgie peut prendre quand elle vous serre le ventre au rappel de vieux souvenirs. Les émotions de Mordred, transmises par une très belle écriture, ont su me toucher. La conclusion, brute et inéluctable pour qui connaît la légende, est magnifiquement traitée.


Informations éditoriales



Du même auteur sur le blog



Chez les blogopotes



CITRIQ




14 commentaires:

  1. Cela donne trop envie, à Bagneux, même s'il n'est pas sorti en poche, je l'achète, tu ne pourras pas me retenir ce coup-ci, xD.
    Je repasserai par ici quand je l'aurai lu :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Rhooo. Attends la sortie poche te dis-je :p

      Supprimer
  2. Mmh, je n'ai pas eu le temps de le lire celui-ci mais il me tente vraiment !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ca se lit super vite, il n'y a pas énormément de pages.

      Supprimer
  3. Je vais le lire, faut juste que je trouve un moment pour m'y mettre ^^

    RépondreSupprimer
  4. Je vais peut être attendre la version poche moi aussi. Rien ne presse après tout, Mordred peut bien attendre en core un peu là où il est...^^
    Et puis financièrement, c'est un peu juste en ce moment...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. En effet si tu n'es pas pressé. Bon après je sais pas s'il va sortir en poche ou pas, je me base sur le fait que Chien du heaume et mordre le bouclier sont sortis en poche.

      Supprimer
  5. Ho trop bien. Le point de vue du méchant. Je suis en train de brainstormer à fond mais je ne trouve aucune adaptation de la légende arthurienne qui accorde un peu d'attention à Mordred...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ha non ? C'est étonnant tout de même. Après, on a ici la quintessence du personnage, il ne reste pas grand chose de la légende arthurienne en elle-même.

      Supprimer
  6. Je me disais jusqu'alors que ce n'était vraiment pas une priorité, pas emballé parce que j'en avais lu, mais ta chronique parvient à attiser mon envie.
    Je ne sais pas encore si je dois t'en remercier =P

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ton commentaire est gratifiant en soi. Je guetterai ta chronique lorsque tu l'auras lu ^^

      Supprimer
  7. A ma grande frustration, je ne connais finalement que très peu la légende arthurienne, alors que le sujet m'intéresse de plus en plus (rien que pour toutes les références qui y sont faites dans plein de supports). C'est du Justine Niogret, ça passera donc entre mes mains mais quand je sais pas! Pareil, c'est pas pressé donc en poche si une sortie est prévue !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne suis pas sûre que ce bouquin t'avance beaucoup plus sur la légende arthurienne. Mieux vaut lire Les dames du lac de Marion Zimmer Bradley pour ça. Mais le livre a d'autres qualités ^^

      Supprimer