24 avr. 2014

Qui a peur de la mort ?, Nnedi Okorafor (2013) [AMHA S6E21]


Onyesonwu -Qui a peur de la mort ?- est enfant du viol. Sa mère, après avoir erré de longues années dans le désert, décide qu'il est temps qu'elle aille à l'école et s'installe dans la ville de Jwahir. Là Onyesonwu va apprendre ce qu'est d'être née différente. Un jour, elle se rend compte qu'elle a des pouvoirs : elle peut se transformer en oiseau. Guidée par la colère et par son lien particulier avec le monde des esprits, elle va se lancer dans une quête pour changer les rapports entre les Okekes et les Nurus, deux peuples que tout oppose.


Onyesonwu est un personnage au caractère fort. Elle est plein de colère, mais aussi de courage et d'énergie qui la pousse à vouloir changer les choses. Les injustices auxquelles elle fait face loin de la victimiser la rende plus forte, la conforte dans ses décisions. Elle est butée, en lutte constante contre les normes, contre la place faite aux femmes et aux enfants du viol dans la société dans laquelle elle vit. A elle seule, elle fait 80% de la puissance du livre. L'histoire nous est contée à la première personne, il n'aurait pu en être autrement. De façon exemplaire car je n'y ai pas trouvé les défauts habituels qui me gênent souvent dans l'écriture à la première personne : c'est son point de vue, ses sentiments, le monde vu au travers de ses yeux.
Toutes les parties de moi qui étaient moi. Mon grand corps d'ewu. Mon manque de patience. Mon impulsivité. Mes souvenirs. Mon passé. Mon futur. Ma mort. Ma vie. Mon esprit. Mon destin. Mon échec. Tout ce qui me constituait fut annihilé. J'étais morte, brisée, éparpillée, absorbée. C'était mille fois pire que la première fois que je m'étais changée en oiseau. Je ne me souviens de rien parce que je n'étais rien.
Puis je devins quelque chose.
Le monde dans lequel vit Onyesonwu est surtout raconté au travers de sa culture et de ses gens. On sait peu à quoi il ressemble : les villes et les technologies sont esquissées, on sait que le roman est du postapo parce que c'est écrit sur la quatrième de couverture. Ça se passe en Afrique mais où exactement on ne sait pas.

Les Nurus dominent les Okekes et les maintiennent en esclavage. Dans l'Ouest, des villages sont attaqués par les Nurus, les hommes tués, les femmes violées pour être mises enceinte et donner la vie aux ewus, les enfants maudits. Le viol comme arme de guerre est un thème fort abordé dans le roman. D'autres thèmes douloureux sont évoqués : le génocide, la guerre, la condition de la femme, l'excision, la sexualité, le racisme, le rapport à l'autre, le deuil et la mort. Le tout secondé par un mysticisme tout africain passionnant à découvrir.
"Okeke" signifie "ceux qui ont été créés". La peau des Okekes a la couleur de la nuit parce qu'ils ont été engendrés avant le lever du jour. Ils furent les premiers. Plus tard, après bien des événements, les Nurus sont venus. Eux sont issus des étoiles, c'est pourquoi leur peau a la couleur du soleil.
Qui a peur de la mort ? est un texte qui sort de l'ordinaire. Même si la quête d'Onyesonwu est somme toute très classique, les thèmes abordés sont intenses et le mysticisme africain confère une dose d'exotisme inédite dans un roman de ce type. Une expérience enrichissante d'un point de vue culturel et émotionnellement forte.

(En plus, la couverture ne gâche rien : c'est un très beau livre à placer dans sa bibliothèque)

POUR ALLER PLUS LOIN

Titre original : Who Fears Death, 2011
Traduction de Laurent PHILIBERT-CAILLAT
Illustration de Joey HI-FI
PANINI BOOKS (Éclipse), novembre 2013
528 pages
World Fantasy Award 2011.

AILLEURS

Une lecture commune en compagnie de Cornwall, Euphémia et Julien.


CITRIQ



7 commentaires:

  1. Un très bon roman, aux thèmes forts, qui aurait même pu devenir vraiment excellent en utiliser une forme un peu moins conventionnelle. La quête fantasy reste un peu trop classique à mon goût.
    Mais ça reste de l'ordre du détail, le reste m'a emporté.

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    1. Pour moi, côté pré mâché de la quête m'a complètement sorti du bouquin alors que le début est prenant et poignant.

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    2. Je n'ai pas vraiment été gênée par le côté classique de l'histoire. Le bouquin 'm'a transportée au-delà de ça, et j'en suis contente. tant pis pour l'originalité de l'histoire au profit de l'originalité des thèmes et des aspects culturels empruntés à la culture africaine.

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  2. C'est drôle, c'est justement la couverture qui m'empêche de tenter ma chance avec ce bouquin ! Enfin ça donne envie comme billet, je regarderais à l'occas' ^^

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    1. Ha bon ? Tu lui trouves quoi qui va pas à la couv?

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  3. Voici, enfin, mon avis et ma première participation à ton challenge : http://naufragesvolontaires.blogspot.be/2014/04/qui-peur-de-la-mort-nnedi-okorafor.html

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