27 juin 2014

Talulla, Glen Duncan (2014) [AMHA S6E30]



J'avais dit dans ma chronique du Dernier Loup-Garou que la suite ne ferait pas long feu. En effet. Si j'ai attendu un petit mois pour entamer Talulla, le bouquin fût dévoré en 6 jours, dont un bon tiers lors d'une nuit d'insomnie et terminé au petit matin de la dite nuit d'insomnie après quelques heures d'un sommeil non réparateur. 

Vous n'avez pas lu le premier tome ? Arrêtez-vous ici et rendez-vous là-bas. Vous avez peur que la trilogie ne perde en qualité au fil des tomes et hésitez du coup à vous lancer ? Ce n'est pas du tout le cas de ce deuxième tome.


La fin du Dernier loup-garou n'était pas franchement très folichonne puisque Talulla se retrouvait seule à la mort de Jake ... et enceinte. Heureusement, elle trouve en Cloquet, ce type bizarre du premier volume qui faisait une fixette sur la richissime et non moins cinglée Jaqueline Delon, et dont Jake s'était pris de pitié, d'amitié - barrez la mention inutile - un familier fidèle qui veille sur elle dans cette maison perdue au fin fond de l'Alaska. En attendant l'accouchement, la mise bas, biffez la mention inutile.
On tue pour deux raisons. D'abord, parce que c'est ça ou la mort. Ensuite, parce que c'est bon. Au tribunal de l'humanité, la première équivaut en principe aux circonstances atténuantes. La seconde à une balle en argent. 
Il restait deux rasades dans la bouteille de gin. Je ne pris pas la peine d'aller chercher un verre. Devenir un loup-garou vous oblige à rompre avec l'humanité, écrivis-je. 
Mais en fait, c'est peut-être l'humanité qui rompt avec vous. On ne peut pas le lui reprocher.
Vous vous douterez que les événements ne se dérouleront pas sans anicroches. Comme Le dernier loup-garou, ce second opus joue brillamment la carte de l'action et du retournement de situation. Ces bouquins que l'on maudit parce qu'ils nous pourrissent une nuit de sommeil. A lire pendant le week-end.

Dans Le dernier loup-garou, Jake racontait son histoire à la première personne. Talulla prend ici le relais, nous proposant un point de vue très différent de la lassitude cynique (notez l’étymologie de ce terme : vient du grec  κύων, le chien. Je suis à peu près sûre qu'il y a une clin d’œil qui y fait référence à la page 79 du bouquin) de Jake.  La particularité de Talulla est qu'elle doute sans cesse, enfin elle doute d'elle-même principalement. Du doute accompagné d'une bonne dose de honte. Cela fait d'elle un lycanthrope paradoxalement très humain, et le lecteur d'être plus enclin à l'empathie
Je n'ai jamais vu une bête sauvage s’apitoyer sur son sort.
Alors je ravalai mes larmes. Je les ravalai, encore et encore et encore.
Ce fut le cas pour moi (même si j'adore le personnage de Jake et que je me suis passionnée pour son destin), même si certaines problématiques de Talulla ne me touchent pas en tant que tel : cela a trait beaucoup à la maternité, au fait d'aimer ses enfants, d'arriver à les protéger. Je n'ai pas d'enfants et n'ai absolument pas l'intention d'en avoir, mais par contre je suis une femme et sa façon de penser, de se penser face au monde extérieur est à mon sens très parlante. Désolante mais parlante. Et réaliste. Ce qui est d'autant plus désolant. Juste un exemple : Talulla raconte une anecdote de son enfance : elle joue "au docteur" avec son cousin (ou quelque chose comme ça), là-dessus sa tante débarque et voici ce qu'elle dit : "Talulla Demetriou tu as été très (pause) très (pause) vilaine" (qui est d'ailleurs la première phrase de la quatrième de couverture et ce n'est pas anodin). Après il faut grandir et vivre avec cette culpabilité. Pas facile quand on est un lycanthrope à la sexualité débridée. Pas forcément plus facile quand on est une femme moderne de dépasser son éducation.
Bien fait pour toi, me dit la conscience de ma vie précédente. Je l'avais virée depuis des mois, mais elle s'obstinait à me traîner autour, désespérée, mal maquillée, sans nulle part où aller.
On trouve également une panoplie de personnages secondaires qui sont tout à fait intéressants, plus ou moins esquissés, ayant une place plus ou moins importante dans l'histoire, avec toujours une présence qui leur est propre : Cloquet,  Walker, Caleb, Madeline et ses amis, Mike et Natasha, tous ces gens sont le tissu social qui entoure Talulla, qui la pousse vers l'avant. En antagonisme complet avec la solitude assumée de Jake dans le précédent volume. Ce qui est très intéressant également. On n'a pas du tout une impression de répétition des thèmes et des personnages entre le premier et le second tome.

Vous l'aurez compris, je vous conseille vivement cette lecture, pour le portrait très fin de la jeune Talulla. Pour l'action. Pour l'écriture.

C'est très bien tout ça, mais quand sort le troisième ???

Informations éditoriales

Titre original : Talulla Rising, 2012
Traduction de Michelle CHARRIER
Illustration de Clément CHASSAGNARD
DENOËL, Lunes d'Encre, janvier 2014
480 pages
Conception graphique : Clément Chassagnol. Couverture : (c) Jim Cumming - GettyImages / (c) Joerg Buschmann - Millennium Images, UK.

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5 commentaires:

  1. Ca y'est tu es accro je crois ^^

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  2. J'ai lu en diagonale pour ne pas me spoiler si (quand ?) j'attaque ces livres un jour. Contente que la qualité ait été au rendez-vous pour ce deuxième tome. :)

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    1. Yop. Je fonde de très bons espoirs sur le troisième du coup.

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  3. Avec tout ça, difficile de ne pas avoir envie de lire ce deuxième volume... ;)

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