17 mai 2015

Mad Max : Fury Road [AMHA S7E8]



Un tournage annulé deux fois (en 2003 et en 2010 ; il a pour finir eu lieu en 2012), 30 ans d'écart entre la sortie de Au-delà du dôme du tonnerre et de Fury Road, 33 ans si on prend comme point de départ Mad Max: Le défi qui est considéré comme le meilleur opus de la trilogie initiale et dont Fury Road est l'héritier puisque largement construit autour des mêmes mécaniques.  Le moins qu'on puisse dire c'est que Mad Max : Fury Road était l'un des films les plus attendus de 2015. Sa bande-annonce spectaculaire diffusée au Comic Con de San Diego envoyait du lourd, avec une promesse qui risquait de se voir non honorée du fait d'attentes trop importantes.

J'attendais aussi Fury Road avec une certaine impatience. Mon rapport à Mad Max était fort lointain. Tellement, que les trois films faisaient un gloubiboulga informe dans ma tête. Tellement qu'en fait le gloubiboulga ne concernait que le 2 et le 3, puisque je n'avais jamais vu le premier. Tellement, que j'ai décidé de les revoir avant de me jeter sur le 4. Ce que je suis heureuse d'avoir fait, comme je l'expliquerai plus bas.

Bref, au moment d'entrer dans la salle, j'avais les moteurs chauffés à bloc. Et j'ai passé la séance dans un état proche de la transe


What a day ! What a lovely day !
[Nicolas Hoult dans le rôle de Nux]

Pourquoi Fury Road transcende le genre du film d'action

Comme pour les précédents opus, le scénario de Fury Road tient sur un post-it : une course-poursuite sans fin dans le désert après que Furiosa (Charlize Theron) a trahi le grand méchant, Immortan Joe (Hugh Keays-Byrne), en lui volant son bien le plus précieux. Max (Tom Hardy) se retrouve mêlé à tout ça bien malgré lui. Jusque là on reste dans les canons du genre du film d'action : explosions, bagarres, nombreux cadavres laissés sur le bord de la route. On en prend plein les mirettes.

Là où George Miller va plus loin c'est qu'il nous offre un univers ultra-construit, qui nous est peu expliqué : cet univers a son esthétique (les véhicules, les équipements et déguisements) , son langage (mots inventés), son mode de vie (le lait de la Mère, les globulards, Pétro-city ...) et sa mythologie (Immortan Joe et ses War Boys). Ce n'est pas franchement réaliste (expliquez-moi comment on fait une analyse de groupe sanguin dans ce monde-là, et encore c'est bien la moindre des erreurs du film mais je ne veux point vous spoiler) mais on s'en fout car ce qui fait marcher le film, outre les scènes d'action hallucinées et hallucinantes, c'est la cohérence et la consistance de l'univers, jusque dans sa bande originale.

De plus, la photographie du film est digne d'un Tarantino. Et je pèse mes mots. Chaque plan est filmé au millimètre avec un sens de l'esthétisme qui frise la perfection, mettant admirablement en scène l'univers décrit plus haut. Il faut aussi savoir que 80% des effets sont bel et bien réels, sans trucage numérique. Voilà qui rend indispensable la version blu-ray avec 4 heures de bonus pour nous expliquer les explosions, les cascades et les accoutrements des acteurs.

Ce qui m'a aussi fortement impressionnée, ce sont les couleurs dominantes du film, lui conférant,  en plus du reste, une personnalité propre : l'ocre et le bleu. Le réalisateur joue ici sur un contraste fort puisque l'orange et le bleu sont des couleurs complémentaires. 

Ceci n'est PAS une potiche
[Charlize Theron dans le rôle de Furiosa]


Les femmes dans Fury Road

Sur la Toile ces derniers jours, j'ai entendu parler d'un appel au boycott pour cause de féminisme gauchiste, d'autres crier à la discrimination positive faussement sincère  alors qu'en fait le film serait aussi sexiste que les autres films d'action parce qu'on y voit quelques donzelles pas très habillées (je n'ai pas vu un seul sein mais beaucoup de torses masculins par contre mais soit).

Personnellement, je pense que George Miller a fait un pied de nez monumental à la place accordée aux femmes dans les films hollywoodiens :
* Le personnage de Furiosa est aussi intéressant que celui de Max. Deux personnages malmenés par la vie et qui ont chacun leur vision des choses. Max ne s'occuperait que de ses affaires si on le laissait tranquille, ce qui est un peu la malédiction du personnage depuis le deuxième film : il se retrouve dans des situations où il finit par être forcé à jouer les sauveurs. Furiosa,  quant à elle, cherche plus directement la rédemption vu qu'elle provoque ce qui se passe dans le film. Tous les deux sont hantés par un passé traumatique assez similaire. Sans qu'il y ait besoin de longues lignes de dialogues, on saisit ce qui les anime.
* Il n'y a pas d'histoire d'amour. Haha ! Vous vous y attendiez presque hein ? Eh bien non. Miller respecte l'esprit de la saga Mad Max  qui est dénuée de tout sentiment amoureux depuis la mort de la famille du héros quelque part au milieu du premier film. De facto, l’absence de bluette rend, logiquement selon les codes du film d'action, les femmes totalement inutiles dans le film. Mais ...
* Il y a plus de femmes dans ce film que dans 4 films d'action réunis. Voilà qu'on va crier à la discrimination positive, que Miller veut se faire bien voir (par qui je vous le demande, je pensais que les femmes n'aimaient pas les films d'action et en tout cas elles ne représentent pas la majorité des spectateurs dans une salle de cinéma pour un film de ce type). Moi je me rappelle que les femmes constituent 50% de la population et qu'à un moment donné, il faudrait un petit peu rétablir l'équilibre. Je dis un petit peu car il n'en reste pas moins qu'il y a bien plus d'acteurs hommes que d'acteurs femmes dans ce film.
* La symbolique furyroadienne de la femme potiche des films hollywoodiens. Les femmes d'Immortan Joe sont bien des potiches. Mince, vous allez dire, cela semblait si bien parti. Mais elles doivent plutôt être vues ici comme un symbole. Si Immortan Joe représente Hollywood, que représentent ses femmes potiches qui veulent échapper à sa coupe ? La scène du jet d'eau est à ce titre un symbole à elle toute seule. Cette scène est tellement en décalage avec le reste, le film étant dépourvu de toute espèce de tension sexuelle. Et le pied de nez de Miller est là. On rit parce que cette scène est ridiculement incongrue. Comme le sont souvent les scènes mettant en scène les atouts féminins dans les films d'action. Pas du tout au hasard : les fesses de Rosie Huntington-Whiteley dans Transformers 3 ... La coïncidence est trop belle : elle joue ici le rôle de Splendid, la favorite du méchant. On pourra éventuellement reprocher le manque de subtilité du message mais, oh my god, on part de tellement loin : au moins il existe.

Fury Road, encore meilleur que Mad Max 2 ?

Faut-il avoir (re)vu la trilogie initiale pour voir Fury Road ?

Oui et non.

Non parce que le film est totalement indépendant. Ce n'est pas la suite des trois autres et le film se comprend très bien tout seul.

Oui parce que le film est bourré de références à la saga initiale. Comme par exemple la boîte à musique, le fusil à deux coups qui s'enraye ... Et même deux acteurs puisque Hugh Keays-Byrne (Immortan Joe) jouait déjà le méchant Toecutter dans le premier volet et le colosse Nathan Jones (Rictus Erectus) jouait Humungus, le méchant du deuxième volet.  Pour tout ça (et d'autres), j'ai vraiment apprécié d'avoir revu les vieux films. La scène de la boite à musique en particulier a éveillé en moi un sentiment on ne peut plus proustien

Du coup, je conseille de les avoir (re)vus avant d'aller voir Fury Road mais ce n'est pas indispensable. Quelqu'un n'ayant jamais vu les films initiaux peut aussi, à mon avis, apporter un regard neuf sur ce Mad Max des temps modernes.


Bref, Fury Road, j'en redemande. Oui, comme rarement, j'irais bien le revoir au cinéma. Il est peu probable que je le fasse mais l'envie est là. George Miller transcende littéralement le cinéma d'action. Ce film est meilleur que Mad Max 2. Le réalisateur va beaucoup plus loin dans son délire contrôlé de ce monde postapocalyptique et nous offre un héritier digne de la saga d'il y a 30 ans, qui avait secoué les chaumières à l'époque. Un deuxième volet (voire peut-être même un troisième) est prévu - a priori- pour 2017. Il s’appellera Mad Max : Furiosa et serait davantage centré sur le personnage joué par Charlize Theron.

PS : Cette chronique fût entièrement rédigée sous l'influence de la musique du film, réalisée par Junkie XL.
PPS : Pour finir, la suite s'intitulera Mad Max : The Wasteland.

12 commentaires:

  1. Eh bah, une chose est sure, je ne regrette pas d'avoir lu ton avis !
    Je suis passée complètement à côté des précédents films, je n'en ai jamais vu un seul, jamais vu d'extrait, rien du tout. Du coup, je ne connais de l'univers que la nouvelle bande annonce, qui "envoie du steak" comme on dit communément ^^
    Bref, tu m'as permis de situer un peu le film avant que j'aille le voir, sans trop de spoilers (bon OK j'ai lu un peu en diagonale...)
    J'espère que j'aimerai autant le film que j'aimerais l'aimer (c'est parfaitement clair dans ma tête...)

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    1. Ravie d'avoir pu t'aider à contextualiser les choses. Le seul truc que je spoile un peu c'est la place des femmes dans le film, mais c'est plus de la réflexion autour du film que l'histoire en elle-même. Quand on est en train de le voir, mieux vaut se laisser porter par les images de toute façon.
      Je comprends ton envie tout à fait, c'est ce que je craignais aussi : à force d'attendre d'être un peu déçue "tout ça pour ça". Ici ça n'a pas du tout été le cas pour moi, ça a même été mieux que ce j'attendais (un film à la hauteur de Mad Max 2).

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  2. Quel enthousiasme ! Bon va falloir qu'on case ça dans notre planning, et un visionnage des précédents dans mon cas... j'espère y arriver !

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    1. Faut absolument aller voir ça au cinéma. J'oubliais de le préciser mais je l'ai vu en 2D et franchement je n'ai pas l'impression d'avoir manqué quoi que ce soit. Peut-être que si je trouve le temps d'aller le revoir, j'irais en 3D tiens, juste pour comparer :p
      Les trois précédent peuvent être vus dans l'après-coup si tu as peur de faire une saturation en voyant du Mad Max à toutes les sauces pendant une semaine.

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  3. J'y vais mardi, du coup ça va me laisser le temps de revoir au moins les deux premiers, que je n'ai pas vus depuis 20 ans au moins. D'un coup, je me sens vieux... :D

    Bref, les avis positifs sont légion sur ce film, c'est impressionnant !
    La photographie est splendide, ces tons ocres conviennent super biens à cet univers post-aop qui du coup met sans doute un bon coup de vieux à l'esthétique des premiers films...

    Bref, vivement mardi.

    (Et cette polémique sur le féminisme du film, ça me dépasse... Quand je lis cet article, les bras m'en tombent : http://www.lesinrocks.com/2015/05/15/actualite/mad-max-accuse-de-propagande-feministe-11748218/ )

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    1. Cool !
      Oui en effet ça met un bon coup de vieux aux premiers. Il vaut peut-être mieux les avoir avant en fait ô_O
      Oui les gens sont fous. Moi je trouve ça génial. Je n'attendais même pas ça, je ne m'en suis pas vraiment rendue compte sur le moment prise dans l'action, mais en sortant "tiens, mais au fait ..." Sinon j'ai lu des trucs dingues dans un autre genre dans les critiques négatives sur Sens Critique.

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  4. Vu hier ! J'attendais de l'avoir vu avant de lire ta critique (dont j'avais lu juste la première phrase de la conclusion ;) ) à laquelle j'adhère totalement ! Merci pour l'éclairage à propos des précédents Mad Max -- que je ne pense pas regarder (après Fury Road, ça risque de paraître bien fade !) -- et pour ton analyse sur le rôle des femme. J'ai aussi adoré l'esthétique du film, qui m'a comme toi évoqué Tarantino.

    Bref, il n'y a plus qu'à espérer que la suite (si suite il y a) sera à la hauteur !

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    1. Avec plaisir ! Une suite se profile bien à l'horizon, elle a juste changé de nom entre temps, elle s’appellera The Wasteland. Youhou on y aura encore droit !

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  5. Alors,qu'est ce que ce voulais dire déjà ?
    Ah oui, plutôt d'accord sur l'ensemble avec toi;
    Par contre sur les bluettes, elles sont loin d'être absentes même si elles restent dans le platonique et le non dit. Notamment entre Nux et la rouquine n°2. De même, les regards que finissent par se jeter Max et Furiosa.

    Pour le côté potiche, j'ai trouvé que Miller s'en démarquait quand même en leur donnait des rôles clés par moments (surtout la chef des potiches et la quasi déserteuse).
    Sinon le gang de mères est traitée de manière non sexuée avec un taux d'attrition égal à celui des warboys. A ce niveau, on est bien dans l'égalité de traitement augmentant le ton féministe. Sans parler de Charlize Theron, badass et charismatique qui crève l'écran.

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    1. Tu n'as pas tort pour les bluettes mais à dire vrai en sortant de ma séance j'avais plus l'impression d'une relation fraternelle naissance que quelque chose de romantique.
      Of course pour la bande de filles, c'est leur statut dans la narration que je soulevais là. J'aimais bien leurs interventions verbales aussi où on sentait une véritable connivence entre elles.

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  6. Moi j'ai été déçu, mais comme je l'ai confié à Lorhkan sur sa chronique, je pense que suis devenu vieux ^^

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